La Mythologie, le contexte

 

Pourquoi étudier la Mythologie à l’école?

Le contexte

En 2011, nous avons étudié en classe les références mythologiques dans l’oeuvre de Claude Ponti. A travers les albums « l’arbre sans fin », « Okilélé », « l’album d’Adèle », « Pétronille et ses 120 petits », « Sur l’île des Zertes »… nous avons retrouvé le Minotaure, Cerbère, le fil d’Ariane, la boîte de Pandore…

En 2012, nous avons étudié la Mythologie à travers les livres offerts par l’APE: Le Feuilleton d’Hermès : La mythologie grecque en cent épisodes de Muriel Szac, et Le Feuilleton de Thésée du même auteur.

En 2014, nous avons étudié les références mythologiques dans l’ouvrage Harry Potter.

Un parallèle entre mythe et conte

Définitions :
Mythe (Larousse) : récit populaire ou littéraire mettant en scène des êtres surhumains et des actions remarquables.
Conte (Larousse) : récit souvent assez court de faits, d’aventures imaginaires.

En 2010, « l’année du loup » dans notre classe, nous avons travaillé sur le schéma narratif du conte, en particulier « Le Petit chaperon rouge », dont nous avons lu plusieurs textes en réseau.

Mythes Contes
Oralité Oralité
Les principes et les valeurs des sociétés s’y expriment
La structure de l’esprit humain y transparaîtLes craintes, les désirs de l’humanité s’y reflètent
Les principes et les valeurs des sociétés s’y expriment
La structure de l’esprit humain y transparaîtLes craintes, les désirs de l’humanité s’y reflètent
Dominance du sacré : des Dieux s’affrontent ; ce sont les dieux d’une religion ; des temples et des fêtes leur sont consacrés.Les mythes sont à l’origine des grands événements : on utilise le mythe comme explication du monde Pas de dieu
Les héros sont nommés, identifiés par des noms propres.Ils sont uniques, centraux, protagonistes ; le héros est un individu qui représente à lui seul l’humanité, la communauté toute entière. Le héros a souvent un nom commun, ou un surnom, ou un nom inventé (Blanche Neige, Le petit poucet…).Le héros est humain, un simple mortel à qui il arrive des événements comme à n’importe qui.Le héros du conte représente l’individu et non pas la communauté mais reflète aussi les craintes et les désirs de l’humanité. On n’est pas dans le sacré, il n’y a pas de dieu.
L’histoire est identifiée et unique, en général prodigieuse avec des événements assez monstrueux, énormes, qui ne peuvent pas s’appliquer à de simples mortels. L’histoire s’applique souvent à de simples humains (ordinaires)
Le mythe se situe dans un temps passé mais dans un temps vaste, très étendu.Le mythe fonctionne en dehors de l’espace-temps. Le temps est passé mais ponctuel. Un conte se passe en général sur un moment assez précis et court.
Le mythe présente des événements qui ont une signification, un intérêt suffisamment universel pour être repris, réinterprété.
La conclusion est souvent tragique. La fin est souvent optimiste.
On trouve fréquemment d’autres versions, des variations du récit qui dépendent souvent du pays, de l’époque et des idées de son auteur. C’est le principe de la transmission et de l’oralité. On trouve de nombreuses variantes (ex. Le petit Chaperon Rougeet ses différentes versions).Les contes sont aussi déclinés par les auteurs contemporains.

Dix bonnes raisons de présenter la mythologie à l’école

1. La mythologie accompagne et aide à la construction de l’enfant

On retrouve dans les contenus des récits mythologiques des éléments forts qui correspondent aux étapes du développement de l’enfant et à ses besoins psychologiques (son vécu intérieur, ses relations avec sa famille ou son entourage).
Les récits mythologiques parlent d’événements qui correspondent à ces évolutions intérieures, décrivent des situations, présentent des héros. Ils mettent en scène des besoins du petit qui grandit.

Par exemple, la séparation avec la mère, plus ou moins difficile en maternelle peut être mise en parallèle avec les personnages de Pluton et Proserpine : Proserpine, la fille de Déméter, se fait enlever par Pluton qui l’emmène aux Enfers. Triste et malheureuse, la mère va voir Zeus qui décide que Proserpine passera trois mois sur Terre et trois mois aux Enfers.
Le mythe fournit ainsi une explication des saisons : quand Déméter ne voit pas sa fille, elle pleure, il fait froid, lorsque sa fille revient des Enfers, il fait beau et c’est le bonheur.

Autres thèmes fréquents dans la mythologie :
– L’abandon : Héphaïstos (Vulcain), rejeté par sa mère parce qu’il est né laid.
– La jalousie, la rivalité : Athéna jalouse d’Arachnée qui tisse mieux qu’elle, transforme celle-ci en araignée.
– Sentiments d’infériorité, jubilations d’être grand et fort (Achille, personnage assez représentatif de la force), envies de devenir invisible pour échapper au contrôle, solitude, immortalité…
– La quête de la maîtrise de soi : Ulysse revient de son grand voyage vainqueur et grandi par ses épreuves et les étapes de son parcours.
– D’autres difficultés enfantines sont mises en scène dans les récits mythologiques où les Dieux sont querelleurs et injustes.
La mythologie peut donc apporter une sécurité affective et aider l’enfant à trouver sa place de sujet dans le groupe et dans la société.

2. La mythologie prend en compte les inquiétudes de l’enfant

Le mythe met des images avec des mots sur les craintes archaïques, aide à formuler ses peurs et ses incertitudes, en prendre conscience, ce qui permet d’y répondre.
On se trouve de nouveau sur un plan repris par les psychanalystes qui pensent qu’il est important pour l’enfant qu’on parle de ses peurs. On sait que les petits aiment jouer avec la peur et se faire peur. Certains mythes directement accessibles répondent à ces préoccupations.
– la peur de se perdre : parallèle entre Le Petit Poucet et le Minotaure , le fil d’Ariane
– la peur des monstres
– l’angoisse de dévoration : le Minotaure qui tue les sept femmes et hommes, le Sphinx qui tue les voyageurs qui ne répondent pas à l’énigme, le cyclope qui dévore les compagnons d’Ulysse de manière cruelle…

On aborde dans la mythologie deux interdits fondamentaux : l’anthropophagie (Chronos dévore ses enfants au fur et à mesure qu’il naissent) et l’inceste (Oedipe).

3. La mythologie offre à l’enfant les moyens de grandir par le biais de l’imaginaire

L’analyse des mythes nous renvoie directement à l’imagination et à l’imaginaire collectif et stimulent la créativité. On y trouve des récits, des héros, des dieux qui donnent l’occasion de rechercher le rapport, de faire la différence entre le réel et l’imaginaire, qui nous interrogent entre mythe et science et donnent des réponses.
Plonger l’enfant dans l’univers de la mythologie, c’est le rendre riche d’un monde intérieur nourri de symboles et de représentations mentales qui seront nécessaires à son pouvoir créateur.

4. La mythologie aide particulièrement l’enfant qui a peur d’apprendre

Des mots pour soigner des maux :
– rassure
– conforte
– apporte des repères
– sert de médiation culturelle
– Apporte des images pour pouvoir penser

Les enfants en difficulté ont une réelle peur d’entrer dans les apprentissages car apprendre c’est prendre des risques et ils ont appris par leur vie personnelle à éviter les risques, contourner ce qui pouvait les perdre, faire en sorte de ne pas entrer dans ce qui les mettrait en insécurité.
En s’appuyant sur des histoires ou des mots de vocabulaire, on peut aider ces enfants à avancer. Par exemple le chaos : début de la vie de la terre, représentation de la confusion, de la dispersion, angoisse du vide, absence de repère, tumulte et désordre. Ces textes anciens leur permettent de prendre du recul, sans être confrontés à la réalité du quotidien vécu et cette métaphore culturelle les aide à avancer.

5. La mythologie renforce la conscience d’appartenir à un groupe, à une identité

Ces récits fondateurs possèdent un rôle social. Il unifient la société et peuvent avoir une fonction intégrative en permettant de rassembler les hommes autour d’une origine commune. Par exemple, on retrouve le thème du Déluge dans de nombreuses civilisations et sociétés. Il est souvent question d’une gigantesque inondation qui aurait recouvert la terre.

6. La mythologie développe des connaissances, enrichit un bagage culturel, participe à la constitution d’un patrimoine

Dans le socle commun des compétences et des connaissances, la partie 5 concernant la culture humaniste nous dit :
Connaissances :
 » être préparés à partager une culture européenne par une connaissance des textes majeurs de l’Antiquité (L’Iliade et l’Odyssée, récits de la fondation de Rome, la Bible).
Attitudes :
« la culture humaniste que dispense l’école donne aux élèves des références communes… elle a pour but de cultiver une attitude de curiosité… pour les autres pays du monde (histoire, civilisation, actualité). Elle développe la conscience que les expériences humaines ont quelque chose d’universel ».
Les textes de la mythologie sont adaptés à cette définition.

7. La mythologie construit une culture fondatrice, s’inscrit dans la mémoire commune

L’école doit jouer un rôle de transmission, en particulier la transmission des mythes.

8. La mythologie permet de découvrir et comprendre le monde

La mythologie évoque les grandes questions que se pose l’homme :
– recherche des origines
– devenir de l’homme
– interprétation de faits
Ces textes permettent aux enfants d’origines ethniques et sociales variées de se questionner sur un certain nombre de choses et de répondre à des questions existentielles sur le sens de la vie.
On peut donc s’intéresser à la fonction philosophique de ces textes, à l’opportunité d’échanger ses impressions sur les émotions ressenties, d’élaborer des jugements éthiques, philosophiques, de remettre en cause ses préjugés (IO).

Quelques questions philosophiques posées à partir des mythes peuvent être proposées comme outil pour l’apprentissage de la pensée :
– Pourquoi est-il indispensable que Pénélope soit fidèle et sans importance qu’Ulysse ne le soit pas ?
– Est-ce juste que Minos enferme Dédale dans le labyrinthe pour se venger ?
– Vaut-il mieux mourir en plein usage de sa force et de sa raison ?
Exemples :
Aurore et Titon, la déesse et le vieillard, est un des rares mythes à aborder le thème de la vieillesse et de la déchéance du corps.
Le choix auquel est confronté Achille : mener une vie tranquille en étant inconnu et anonyme, le rêve de sa mère ou connaître la gloire , celle-ci mérite-t-elle tant de sacrifices, l’anonymat est-il détestable ? Chacun a le droit de choisir.
L’histoire de Midas : tout ce qu’il touche se transforme en or et ce n’est pas très pratique pour manger… On peut considérer ce mythe comme une fable écologique : comme Midas, ceux qui ont voulu beaucoup d’argent en exploitant les ressources naturelles de la planète les ont finalement tuées et risquent d’en mourir eux-mêmes.

Toutes ces questions philosophiques peuvent trouver des supports dans la mythologie. Certains textes doivent susciter des débats, des polémiques, en particulier au cycle 3, et nécessitent souvent plusieurs lectures : lire, relire va permettre d’expliquer de nouveau pour découvrir des facettes différentes.

9. La mythologie donne des références culturelles

Les mythes fournissent des repères indispensables à la compréhension d’œuvres artistiques (littéraires, plastiques, cinématographiques…). L’histoire de la peinture, les monuments, les œuvres musicales, le théâtre et la littérature en générale, font souvent référence à la mythologie, renvoient à des scènes animées par les dieux.

10. Le travail autour de la mythologie permet de travailler des compétences multiples

– Il vise à l’amélioration de l’écoute
– Il vise à l’amélioration de l’expression orale
Travailler la mythologie au cycle 3 permet aussi d’assurer une continuité avec le programme du collège (L’Odyssée, les textes issus de la Bible, Les métamorphoses d’Ovide… )
Cette approche au niveau du cycle 3 est dans la cohérence de la liaison CM2-6ème.

Autour des expressions

Des expressions issues de la mythologie sont utilisées au quotidien dans notre langue. Travailler sur ces expressions sera une bonne occasion d’en expliquer le sens aux élèves.

« On qualifie d’Olympien un calme particulièrement serein ou de nectar une boisson que l’on trouve divine
Une femme préfère s’entendre dire qu’elle a un port de déesse plutôt que d’être comparée à une harpie ou à une furie
Certaines comparaisons ne font pas plaisir à entendre :
Dire à un gardien peu aimable que c’est un Cerbère ne risque pas de lui rendre le sourire
D’autres révèlent un fort sentiment de supériorité ; il vaut mieux se méfier d’un vantard qui prétendrait être sorti de la cuisse de Jupiter
On qualifie d’Herculéen quiconque possède une force colossale en souvenir du nom romain d’Héraclès, Hercule
S’entendre être comparé à un Adonis ou un Apollon suffit à ramener la bonne humeur
On parle du fil d’Ariane quand on cherche une solution qui permettrait de sortir d’une situation difficile
Et quand elle est vraiment trop embrouillée, on dit que c’est un dédale ».
– Des adjectifs passés dans le langage courant :
herculéen, cyclopéen, antédiluvien, dionysiaque…
– Des noms : un dédale pour définir un labyrinthe inextricable, un nectar pour évoquer une excellente boisson…
– Des comparaisons péjoratives attribuant un trait de caractère : une harpie, une furie, un cerbère…
– Des comparaisons valorisantes : un Adonis, un Apollon, un Hercule…
Bibliographie:

Le Feuilleton d’Hermès : La mythologie grecque en cent épisodes de Muriel Szac

Le Feuilleton de Thésée du même auteur.

D’après l’animation pédagogique de Marie-Hélène Pruzina et Isabelle Duflocq

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